L'Anosy désigne aujourd'hui une région du sud-est de Madagascar où vivent les Antanosy ou Tanosy. C'est une des vingt-deux régions de l'île, elle est située dans l'ancienne Province de Tuléar et son chef-lieu est Fort-Dauphin. L'agriculture d'auto-subsistance domine ce territoire et le PIB par habitant est de 182 Dollars. Tolagnaro et Amboasary-sud sont les deux seules villes à être électrifiées, en 2008 l'électrification rurale n'était que de 7%.

Jean-Aimé Rakotoarisoa explique (dans son étude "Mille ans d'occupation humaine dans le sud-est de Madagascar" aux éditions L'Harmattan) qu'historiquement cette région était occupée par plusieurs groupes de population qui se différenciaient des Tanosy. Il y avait les Temanantenina (tout au nord), les Tavaratra (qui veut dire "Gens du nord", situés juste au sud des Temanantenina), les Tambolo (nord de la région de Tambolo), les Tambato (région de Mahatalaky et de Sainte-Luce) et les Tatsimo (entre Ranopiso, la baie d'Italy et Fort-Dauphin, Tatsimo voulant dire "Gens du sud"). Aujourd'hui, néanmoins, pour des besoins généraux et administratifs, tous les habitants de cette région appartenant à des sous-groupes différents acceptent d'être appelés Antanosy, ceci inclut aussi les populations qui s'étendent jusqu'à Amboasary sud aux limites du pays Androy actuel.
En raison d'une route maritime stratégique qui longe la côte de l'Anosy, cette région a été un véritable carrefour d'échanges pour les malgaches et le reste du monde au cours des 500 dernières années. Au XVIème siècle elle a servi d'étape pour les navires européens naviguant depuis et vers l'Inde pour faire le plein de vivres. Au milieu du XVIIème siècle, l'Anosy a été le siège d'un début de colonisation française et au XVIIIème siècle les français expédiaient depuis ce comptoir des esclaves aux Mascareignes (La réunion et l'île Maurice principalement) et aux États-Unis. Les exportations françaises de 1800 à 1960 depuis cette région comptaient bovins (vers La Réunion), sisal, caoutchouc naturel, pervenche, graphite, uranothorite, homard et saphirs. Aujourd'hui ce sont les gisements d'ilménite qui sont exportés à travers le monde depuis le port d'Ehoala à Fort-Dauphin grâce aux chantiers de QMM/Rio Tinto. En raison de sa biodiversité et sa beauté naturelle des efforts ont commencé dans les années 1980 pour promouvoir la conservation de l'environnement et du tourisme dans cette région.

Anosy (ou nosy) signifie "île" en malgache et cette enclave oubliée, véritable île perdue au milieu des terres, a été peuplé depuis le XIème siècle. Avant d'être le nom de cette région du sud-est de Madagascar, Anosy désignait avant tout l'île de la rivière de Fanjahira (aujourd'hui dénommée Efaho) d'où est apparue dès le XVIème siècle la célèbre dynastie Zafiraminia. D'autres ont avançaient que l'origine du nom provenait des inondations du fleuve Efaho créant de nombreuses îles temporaires pendant la saison des pluies, et qu'ainsi "anosy" désignerait "terre des îles".

Le site officiel de la région Anosy est ici.

Géographie

La région située à l’extrême Sud-Est de Madagascar est constituée de trois Districts (et dispose de 64 communes) :
  District de Fort-Dauphin           District d'Amboasary-Sud             District de Betroka
                                            
Cliquer pour agrandir les cartes des Districts : le chiffre correspond au nombre de fokontany présents dans chaque commune
(fokontany = subdivision administrative comprenant hameaux, villages, secteurs ou quartiers)


Elle est localisée pour la latitude entre 22,67°sud et 25,20°sud et pour la longitude entre 45,18°Est et 47,40°Est. Elle a une population totale estimée à plus de 640 000 habitants répartis sur 30 198 km². A gauche la carte de la densité de la population en Anosy (2010), cliquer dessus pour agrandir. La limite orientale et méridionale de l'Anosy est l'Océan Indien. La côte est constituée de lagunes côtières, de sable et de collines qui buttent contre les montagnes de Vohimena. Les précipitations y sont plus élevées sur le versant oriental et diminuent à mesure que l'on se déplace vers l'ouest. Ces montagnes s'étendent jusqu'à Fort-Dauphin en se prolongeant par celles de Bezavona et du pic Saint-Louis (qui culmine à 529 m). On trouve du nord de Mandena au nord de Manafiafy (Saint-Luce) des dépôts de minéraux lourds d'ilménite, zircon, rutile et monazite. Ces sables minéralisés se répartissent sur une épaisse couche allant jusqu'à 18 m d'épaisseur à Mandena. On trouve ces mêmes dépôts à l'extrémité sud de Petriky (ouest du lac Ambinanibe).
Les trois principaux bassins versants hydrologiques proviennent de la zone montagneuse (30% de la zone de captage) et les pentes abruptes permettent un fort ruissellement et des cours d'eau bien définis. Les fleuves se jettent dans des baies souvent par un entremêlement de rivières sinueuses. Des lacs reliés entre eux par des canaux longent souvent les dunes côtières et permettent à l'eau des rivière de rejoindre l'océan. Parfois c'est par infiltration que l'eau rejoint la mer en coupant à travers les dunes. Il y a trois grands fleuves dans le sud de l'Anosy : le Mandrare qui longe la frontière sud-ouest de l'Anosy, l'Efaho (anciennement appelé Fanjahira) à l'ouest de Tolagnaro et le Manampanihy qui draine la vallée de Ranomafana avant de se jeter dans l'océan à Manantenina.
Sur les anciennes cartes géologiques la zone d'Amboasary-sud (au nord du district de la basse vallée du Mandrare) était autrefois nommée (en français) : l'Androy Mandraréen. Le nom de l'Androy (stricto sensu) est aujourd'hui le nom de la zone et de la région administrative de l'ouest de la rivière Mandrare. L'Androy Mandraréen ne renvoie donc pas à la région de l'Androy mais bien à la région nord-est du district d'Amboasary sur la rive ouest de la Mandrare. Aujourd'hui cette partie fait parti administrativement parlant de la région Anosy même si les habitants sont de culture Antandroy (l'Androy s'étendant vers l'est jusqu'à Bevilany par le passé). Amboasary-Sud est le centre d’une région productrice de sisal, et le débouché des mines de saphirs des Chaînes Anosyennes qui, depuis 1994, attirent des prospecteurs et lapidaires taiwanais, thaïlandais, européens et américains. Près du village d’Antanandava (à une dizaine de kilomètres au sud d’Amboasary-Sud) et de l’embouchure du Mandrare se développe un bel ensemble de dunes vives dont on peut observer la progression inexorable sur la végétation. D’Antanandava il est possible de gagner la rive du lac Anony (25 km au sud-est d’Amboasary), vaste plan d’eau salée propice aux sports nautiques qu’un épais cordon de dunes blanches sépare de la mer. Passé le col de Ranopiso, la végétation change radicalement, témoignant de la barrière climatique qui sépare l’Ouest sec de l’Est humide de cette région si particulière du sud malgache.

Agriculture

L'agriculture de subsistance est la principale source de revenus pour la plupart des personnes vivant dans l'Anosy, le riz étant la culture et la nourriture de premier choix. Le manioc est aussi une culture vivrière très importante. Les rendements de la plupart des cultures sont faibles, principalement en raison des méthodes agricoles traditionnelles. D'un point de vue commercial et exportateur les trois principales cultures sont le café (principalement dans la zone de Ranomafana), la pervenche (côte sud-ouest de l'Anosy) et le sisal (zone d'Amboasary-sud).
La Pervenche Rose de Madagascar (Catharanthus roseus) de la région Anosy a été utilisée en médecine traditionnelle chinoise et en médecine ayurvédique (médecine traditionnelle venant de l'Inde) : des extraits de celle-ci ont été utilisés pour traiter de nombreuses maladies, y compris le diabète, le paludisme et la maladie de Hodgkin. Les principes actifs (vinblastine et vincristine) extraits de la plante sont des antimitotiques, permettant de produire des médicaments contre le cancer, notamment les lymphomes et les leucémies. L'utilisation de cette plante et les dépôts récents de brevets sur Catharanthus Roseus par l'industrie pharmaceutique occidentale, sans compensation pour les autochtones, a conduit à des accusations de biopiraterie. La plante peut être dangereuse si elle est consommée par voie orale et elle peut être hallucinogène.
En 1928, la Société Foncière du Sud de Madagascar a commencé à tester la viabilité de la croissance du Sisal près de Ranopiso. En 1932, cette société a obtenu une concession de 4000 hectares dans la vallée du Mandrare où le sisal s'est épanoui très vite. En 1947, on comptait cinq sociétés de sisal pour un total de 3075 hectares plantés et 1470 personnes employées : la production est passée de 2500 tonnes en 1950 à près de 29000 tonnes en 1964. En 1959, suite à la construction du Grand Pont en acier enjambant le fleuve Mandrare, six sociétés ont élargi la superficie cultivée à 14528 hectares pour 4502 personnes employées en tout. En 1962, il y avait 7500 personnes (hommes et femmes) employées à la production de sisal et la valeur des exportations était un peu plus de un milliards de FMG (Franc Malgache). Cette année là 99 navires ont accosté à Fort Dauphin. En 1969 il y avait environ 20000 hectares plantés pour une production d'environ 25000 tonnes par an (dont la moitié pour la France). Cependant au milieu des années 60 la valeur de sisal a diminué de plus de 50% à cause des fibres synthétiques. Aujourd'hui la production est d'environ 3000 tonnes par an à partir de la vallée de la Mandrare.

Scolarité et santé

En 1998 l'alphabétisation en Anosy est d'environ 22% pour les garçons et 23% pour les filles. Elle est inférieure à 20% dans certaines zones rurales. Cette même année les écoles publiques, dans la région de Tolagnaro, étaient de 109 écoles primaires avec une moyenne de 42 élèves par enseignant, 5 collèges d'enseignement général et 1 lycée. La région d'Amboasary-sud a 73 autres écoles primaires, 4 collèges d'enseignement général mais pas de lycée. Pour ce qui est des écoles privées, la région de Tolagnaro compte 33 écoles primaires, avec une moyenne de 50 élèves par enseignant, 3 pour le secondaire 1er cycle et 3 pour le secondaire 2ème cycle.
La santé est un défi en Anosy, en particulier pour les enfants : 4 personnes sur 10 dans les zones rurales meurent avant l'âge de 5 ans. C'est en partie parce que 80% de la population n'a pas accès à l'eau potable. En 2010 l'OMS et l'Unicef estimaient qu'environ une personne sur 10 avait accès à des installations sanitaires améliorées. La diarrhée causée par le manque d'assainissement se traduit par un grand nombre de décès d'enfants. L'association Azafady travaille dans la région d'Anosy à accroître le nombre de latrines à travers différents projets. Amboasary-sud dispose de 30 écoles primaires, mais seulement d'une école secondaire de 1er cycle. Malheureusement quelques écoles primaires en milieu rural à Anosy sont en mauvais état et certaines ont été fermées, ainsi pour certains élèves l'école la plus proche se trouve à 20 km. L'une des organisations qui travaillent la plus à accroître le nombre d'écoles dans ce domaine, avec l'appui de financements extérieurs, est Azafady. Pour plus d'informations et de témoignages concernant les écoles situées en Anosy, l'Unicef a créé un document avec de très belles photos, vous le trouverez sur ce lien ou vous pouvez le télécharger directement ici (document PDF en anglais).

Industries minières

L'exploitation minière existe en Anosy depuis plus de 100 ans. Le mica a été exploité depuis le début du XXème siècle, l'uranothorianite à partir des années 50 jusqu'au milieu des années 60 et les saphirs entre 1990 et 1995. Aujourd'hui Qit Minerals Madagascar (QMM) appartenant à 80% à Rio Tinto et 20% au Gouvernement Malgache exporte 750 000 tonnes par an d'ilménite, 15 000 tonnes par an de rutile et 25 000 tonnes de zircon par an. L'ilménite est exploitée pour la production de dioxyde de titane, qui, lorsqu'il est finement broyé devient une poudre blanche largement utilisé comme pigment dans les peintures de base, le papier et les matières plastiques. Il y a aussi d'importants gisements de bauxite et la prospection de l'uranium est en cours ainsi qu'une variété de minéraux de terres rares.

Religion

Les deux plus importantes confessions chrétiennes en Anosy sont l'Église catholique romaine et les Églises luthérienne malgache. Il y a aussi une petite communauté musulmane parmi les asiatiques installés à Fort-Dauphin qui tiennent la plupart des boutiques. L'Eglise catholique est bien implantée depuis 1896. Parmi les protestants la grande majorité sont luthériens mais on trouve également l'Église de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM) qui a plusieurs congrégations.

Pont du Mandrare (1958-2012)

Voir l'exposition complète ici sur Fort-Dauphin.gallery.

Le Grand Pont enjambant à une quinzaine de mètres de hauteur le fantasque fleuve Mandrare à Amboasary-sud, d’une portée de 414 mètres, a été dénommé durant toute son existence "Pont Eiffel d'Amboasary-Sud", alors qu’il s’agit d’un pont dont les superstructures métalliques ont été conçues et réalisées par une autre société. En effet dès 1926, les Établissements Eiffel, bien connus dans le monde entier pour leurs grands ouvrages d’art métalliques, s’adaptent déjà aux nouvelles conditions à venir de la construction : dans les années 50, la mutation technologique vers les ponts en béton précontraint est en marche...
Ainsi pour la construction du "Grand Pont", la Direction Générale des Travaux Publics dut émettre trois appels d’offres : le 1er en 1950, pour les études et la conception d’un ouvrage définitif franchissant le fleuve Mandrare ; Le 2ème en 1954, pour le Génie Civil : il fut remporté par les Établissements Eiffel (d’où le nom de "Pont Eiffel") et les fondations de certaines piles seront descendues sur caissons métalliques sous air comprimé, technique dont ils étaient des spécialistes ; En 1955, le 3ème appel d’offres, pour les superstructures, sera adjugé aux Établissements Paindavoine. En effet la légèreté, la rapidité de construction et le faible coût (5000$US au mètre courant de pont fini) ont été les facteurs décisifs pour un ouvrage à poutres en treillis d’acier.

Il fallut deux années pour édifier le pont, de 1956 à 1957 : le montage des six travées métalliques est présenté dans la vidéo ci-dessous. Il sera inauguré officiellement le 24 janvier 1958 et gravé sur un timbre émis le 16 janvier 1960 par la République Malgache : sa valeur de 500 Francs CFA est à "la hauteur" de cet impressionnant ouvrage qui avait aussi une charge symbolique, étant le premier trait d’union permanent entre l’Anosy et l’Androy.

Remerciements à Richard Standley pour ses deux photos prises du lit de la rivière



Bien entretenu et sans abus d’usage - la charge maximale était de 50 tonnes - le pont en treillis d’acier pouvait atteindre une durée séculaire : son éloignement de l’Océan Indien et le climat sec de la région étant peu favorables à la corrosion. Malgré des dégradations importantes le surdimensionnement de l'ouvrage permettait les réparations. Pourtant l’accès à la politique d’entretien et de maintenance, dont cet ouvrage a fait l’objet, est difficile : en 1991, sur fonds du Gouvernement Canadien, les parties métalliques dégradées et le platelage ont été remplacés et le pont a été totalement remis en peinture. En 2009, sur fonds de l’Union Européenne, il subissait une nouvelle réhabilitation. En 2010, des divergences apparaissent quant à la valeur technique du pont métallique, voire à son intérêt économique et au traitement qu’il convient de lui réserver : un rapport de la Banque Mondiale le juge fragilisé et ne convenant plus aux nouvelles donnes économiques de la Route Nationale 13 qui le traverse... L’ élégante silhouette et les dentelles métalliques du pont étaient devenues indissociables du paysage du Grand-Sud Malgache qu’elles façonnaient et modifiaient de manière insolite et durable : c’était une attraction touristique...

Le trait d'union entre l'Anosy et l'Androy, merci à Joastin Fampionona pour sa photo de 2008

Vue sur la passerelle piétons du pont, merci à William Stephens pour sa photo de 2009

Remerciements à Gérard Fournier pour l'image aérienne du Pont du Mandrare de 2006

Le Grand Pont arrive au carrefour de son histoire... Après le lancement en 2011 d’un appel d’offres international pour la reconstruction du pont d’Amboasary-Sud, le tablier et les poutres droites à double étage en acier (1200 tonnes environ) seront démantelés en novembre 2012. Le Pont du Mandrare est maintenant porté disparu... Les seuls passants qu’il saluera désormais ne seront plus que les passionnés de philatélie et les internautes qui navigueront sur ses nombreuses images présentes dans les albums de voyage du web.

Les images du film ci-dessous sont extraites d'un reportage filmé par Pierre Bocquet (1926-2012) alors Gérant à Madagascar des Établissements Paindavoine lors de la construction du Grand Pont. Elles montrent le montage des travées et leur lancement en "porte à faux", opération spectaculaire et délicate car les monteurs sont suspendus entre terre et ciel à une quinzaine de mètres de hauteur... Ce document permet aussi de découvrir comment, au milieu du siècle dernier dans des régions éloignées de tout, étaient montés les ponts métalliques en utilisant un équipement simple et une main d’œuvre sans aucune qualification... Travail de mémoire sur un ouvrage aujourd'hui disparu, ce film rend  hommage à tous ceux qui participèrent à l'érection du Pont du Mandrare, œuvre commune française et malgache.


Vestiges du Pont du Mandrare

Les "Anciens" de la commune d'Amboasary-Sud et la population de l'Androy ont souhaité que leur soit léguée la préservation de cet ouvrage d'art : porteur de mémoire sociale, il était devenu leur patrimoine. Une portion du "Ragiragi"- nom malgache communément donné au pont métallique - a été sauvegardée : elle est maintenant exposée sur la place du Grand Marché en centre-ville.

La portion des "dentelles métalliques" sauvegardée


Les cinq fûts massifs érigés par les Établissements Eiffel en 1955 ont été récupérés pour la construction du nouveau pont en béton réalisé par l'Entreprise Colas Madagascar (appelé maintenant "Pont d'Amboasary-Sud"). Ont été ajoutées entre ces derniers des piles intermédiaires qui supportent aujourd'hui 12 travées en béton précontraint de 34,5 mètres de long.

Les fûts massifs Eiffel et les nouvelles piles intermédiaires

Le peuple Antanosy

Les Antanosy sont un peuple de marins et de pêcheurs centré autour de la ville de Tolagnaro, anciennement appelée Fort Dauphin par les colons français venus s’installer dans cette région. Par la suite, cette oasis de fraîcheur, située à la croisée des montagnes, du désert et de l’Océan Indien, ne cessa plus d’être fréquentée que par des pirates et marins qui marquèrent profondément son histoire. Ils sont aussi connus pour être des riziculteurs, des éleveurs, des forgerons et d’habiles charpentiers. Sous la domination Merina, vers 1845, beaucoup d’Antanosy émigrèrent sur la côte Ouest de Madagascar, où ils sont encore présents aujourd’hui, notamment sur les rives du fleuve Onilahy. En mémoire de leurs défunts, ils élèvent des pierres levées dont certaines font 6 mètres. Ils parlent l'antanosy (ou tanosy), une langue malayo-polynésienne, dialecte du malgache.

Le modèle Antanosy

Dans son ensemble peuplée à partir de l’Asie du Sud-Est austronésienne (mais d’abord austro-asiatique), Madagascar, inscrite dans le mouvement du commerce maritime de l’océan Indien, est restée ouverte au long des siècles à l’immigration de groupes ayant à la fois su profiter des règles d’hospitalité de ses habitants, et faire agréer la part profitable et assimilable de leurs apports matériels et culturels. Les historiens peuvent ainsi faire appel à des sources variées, à la condition toutefois de trouver à franchir barrières de langue et d’écriture, ce qui n’est pas des plus aisés vu la diversité culturelle des nouveaux venus avant leur assimilation. Pour les francophones cependant, l’obstacle est moins grand à partir du XVIIe siècle, grâce notamment à Flacourt qui, malgré ses imprécisions et ses contradictions, donne assez bien à percevoir ce que fut, en son temps, l’organisation sociale et politique de l’Anosy, historiquement la première région de l’Ile où, de façon certaine, un prince se soit donné pour “roi de Madagascar”.
En Anosy comme ailleurs dans l’île, la dernière dynastie – ici celle des ZafiRaminia – a occulté l’histoire antérieure pour assurer sa légitimité. Le pays antanosy a donc, en particulier avec les Kimosy – littéralement « Petits cochons » ou « Petits chanvres » –, ses populations « préhistoriques » que des traits culturels, tels que l’importance du chien et du sanglier, inscrivent dans le même monde austronésien que leurs successeurs, mais qui furent, au moins en partie, marginalisées et mythiquement nanifiées. De même a été gommé le souvenir des relations avec l’extérieur que rappelle la tranovato ou « maison de pierre », seul vestige architectural ancien qui, avec les produits des fouilles archéologiques attestant une occupation dès le XIe siècle au moins, y témoigne des relations durablement entretenues tant avec les régions qui travaillaient le chloritoschiste qu’avec les réseaux commerciaux qui, du XIIIe au XVe siècle, importèrent des céladons chinois.
Source : Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

Blancs et Noirs dans l’ancienne société de l’Anosy

Quand y débarqua Flacourt, en 1648, l’Anosy, avec pour capitale Fanjahira, était sous le règne de l’Andriambahoaka Andriandramaka, fils d’Andriantsiambany – ce roi dont le faste avait tant impressionné les Portugais en 1613. Et on était alors, en raison même de l’irruption de l’Europe, dans une période charnière où se donnent aussi bien à saisir des traits essentiels hérités du passé que l’amorce de transformations qu’on ne trouvera achevées que bien plus tard et en d’autres régions. Etant né dans une société d’ordres, Flacourt a mieux compris la nature des « conditions » ou « états » de la société antanosy que nombre de ses lecteurs d’aujourd’hui. Mais ayant écrit dans la perspective de la prise du pouvoir exercé par l’Andriambahoaka, et d’une prise de possession au nom du roi de France, il n’a pas toujours été sans gauchir les faits rapportés.
Cela étant, analysant un texte roandriana, Flacourt est certes plus ethnologue que lorsqu’il raconte des événements dont il fut acteur ; mais l’information des grands Roandriana lui tenant souvent lieu de vérité, et l’absolutisme monarchique triomphant alors en Europe, il reste prisonnier de la conception occidentale de la hiérarchie. C’est ainsi que, sans doute poussé en ce sens par les manipulations idéologiques des Roandriana, il donne l’impression que le groupe social des « Blancs (Fotsy) », hiérarchisés en Roandriana, Anakandriana et Onjatsy se donnant tous une origine mecquoise – mais nous avons déjà vu ce qu’il en était –, formerait en son ensemble un groupe dirigeant au-dessus du groupe social des « Noirs (Mainty) », eux-mêmes hiérarchisés en Voajiry, Lohavohitra et Ontsoa, auquel se rattacheraient aussi – début d’un amalgame qu’on trouvera repris et développé ailleurs –, les Ondeves ou « esclaves ». Or, même les Roandriana, en élaborant le récit étiologique de la création des hommes qui, dans leur esprit – et Flacourt le souligne –, fournissait une justification religieuse à la hiérarchie ayant finalement placé au sommet nombre de « Blancs » – donnés pour nés d’une femme issue de la cervelle d’Adam pour les Roandriana, de son cou pour les Anakandriana –, avaient déjà été contraints d’introduire une nuance de taille en plaçant les Voajiry, prétendument issus de l’épaule droite, au-dessus des Onjatsy, qui l’auraient été de la gauche. En fait, quand on tient compte d’informations laissées éparses par Flacourt, on voit bien que les Voajiry étaient très nettement au-dessus des Onjatsy et qu’il existait en Anosy – l’une « blanche » et l’autre « noire », bien qu’il s’agisse déjà de couleurs sociologiques – deux hiérarchies parallèles des hommes et des terres, que seule explique l’histoire de l’intégration des ZafiRaminia dans les institutions d’un royaume ayant préexisté à leur arrivée et comporté une catégorie hors système politique formée des ondevo.
Descendants des anciens princes écartés du groupe souverain, les Voajiry demeuraient, dit ailleurs Flacourt, les « Maîtres de la Terre » et grands seigneurs contrôlant plusieurs villages, voire toute une région comme celle de la Manantenina, où ils étaient politiquement et rituellement – en fait, c’est la même chose – autonomes ou, comme on dit en malgache, mahavita tena. Et le véritable pouvoir restait entre leurs mains, car, si le roi et nombre de Grands étaient des ZafiRaminia, c’étaient les Voajiry qui les désignaient. D’autre part, outre qu’ils détenaient – avec quelques Lohavohitra, seigneurs de bien moindre importance – l’exclusivité de certaines fonctions essentielles de l’appareil d’Etat, ils conservaient – ainsi d’ailleurs que les Lohavohitra, semble-t-il – le droit du sombily, c’est-à-dire celui de « couper la gorge aux bêtes qui leur appartenaient, à leurs sujets et à leurs esclaves ». En l’absence de Roandriana ou d’Anakandriana cependant, à en croire Flacourt ; mais cela ne devait guère être un obstacle à l’exercice de leur droit, puisque les terres de statut « noir » ne comportaient pas de présence « blanche » permanente.
Quant aux ZafiRaminia – ces Austronésiens de culture patrilinéaire peut-être effectivement venus du Nord de Sumatra (Ramni) et de teint généralement plus clair que ceux qui étaient venus, plusieurs siècles avant eux, des Etats gouvernés par des Noirs comme le Champa –, les enfants qu’ils eurent des mariages avec des dames andriana du pays, ils les considéraient comme ZafiRaminia, alors que leurs familles maternelles de culture matrilinéaire les regardaient comme leurs et andriana héritant en cela des droits de leurs mères. C’est ainsi que les ZafiRaminia investirent le groupe andriana, formant le groupe Roandriana maintenu distinct par des mariages endogames – et surtout par le fanambadiana amy troky, analogue au mariage lova tsy mifindra « qui conserve l’héritage » des Hautes Terres –, cependant que, par la poursuite des mariages avec les autochtones, ils « blanchissaient » le groupe anakandriana « enfant d’andriana », qui existait déjà auparavant. Cela ne fit évidemment pas perdre leurs droits à ceux des parents de leurs mères qui avaient hérité de droits seigneuriaux. Et peut-être est-ce même au rôle qu’ils tenaient dans l’administration du royaume que ceux-ci devaient le titre de Voajiry alors d’usage fréquent sur les rives de l’Océan Indien.Quoi qu’il en soit, il faut souligner que l’état de « Blanc » n’impliquait nullement une position dominante, puisque les Onjatsy étaient « pêcheurs pour la plupart et gardiens des cimetières des Grands ». Quant aux simples sujets du royaume d’avant les ZafiRaminia demeurés en place, ce sont des Ontsoa, des « hommes de bien » : défendant le principe hiérarchique, la société traditionnelle malgache qui, historiquement, a longtemps privilégié le noir au détriment du blanc, n’usait de toute façon pas du mépris pour qualifier le peuple, dont elle reconnaissait et la fonction et toute la dignité humaine. Pour elle, le peuple n’était jamais la populace.
Source : Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

La royauté d’Andriandramaka

La personne royale a hérité des caractères de ses prédécesseurs d’avant les ZafiRaminia en Anosy. Encore désignée comme Ompiandriana – littéralement « Homme prenant habituellement la mer et dont on peut faire l’Andriana », c’est-à-dire le Prince ou le Roi –, elle est principalement Andriambahoaka « Prince du peuple de l’embouchure / des embouchures ». Lorsqu’au décès d’Andriantsiambany, les Voajiry choisirent son fils cadet Andriandramaka comme roi, sans doute était-ce en partie pour son expérience du monde extérieur. En effet, en 1613, les Portugais avaient obtenu d’Andriantsiambany d’emmener son fils aîné, Andrianjerivao « Prince de la pensée nouvelle », pour faire son éducation. Au dernier moment, Andriantsiambany s’étant rétracté, les Portugais avaient enlevé le fils cadet – « pieux » enlèvement sans doute – et l’avait conduit à Goa en Inde où, pendant deux ans, ils l’avaient éduqué pour le préparer à être, selon leurs conceptions, le premier roi chrétien de Madagascar, afin de réussir la conversion de la Grande Ile et d’y favoriser leur propre position. Ce jeune prince dont ils soulignèrent l’intelligence, revint donc en son pays, maîtrisant l’alphabet latin comme son père l’arabe et parlant portugais, baptisé sous le nom de Dom André de Sahavedra et filleul du vice-roi de Portugal en Inde. Mais Dom André déçut ses maîtres, car, sans oublier ce qu’il avait appris, il redevint Andriandramaka « Prince honorable mecquois » valorisant, dit-on, la culture et les croyances de son peuple. Néanmoins, ayant succédé à son père, il renonça, semble-t-il, à la souveraineté universelle de ses ancêtres et, premier connu à avoir revendiqué ce titre, se voulut « roi de Madagascar ».
De fait, Flacourt qui, quant à lui, n’était nullement gêné d’avoir été nommé de France « Commandant Général de l’île de Madagascar », relevait que le pouvoir effectif d’Andriandramaka se limitait au pays d’Anosy, tout en admettant que, « sans lui être sujets », les rois de la moitié sud de l’île « lui portaient honneur et respect comme à un Grand Prince ». Mais si Andriandramaka n’était vraiment, comme le dit Flacourt, que le « roi de la province de Carcanossi », du moins faut-il retenir que son « autorité » s’étendait bien au delà, d’ailleurs confortée sans doute par la présence zafiRaminia en d’autres régions – notamment au long de la côte Est et sur les Hautes Terres. Eut-il ou non l’intention de faire l’unité politique de l’île en poussant les avantages acquis dans le Sud ? On ne le saura jamais, mais l’eût-il voulu que l’intrusion de la France l’en eût empêché.
Pour son peuple, en tout cas, il était toujours l’Andriambahoaka, et, dans le rang roandriana lui-même, il n’était que le premier parmi des égaux, partageant son caractère divin avec les autres Princes qui, comme lui, initiaient les grands rituels. Et, soit dit en passant, on devine, dans cette forme d’égalité assumée par les Roandriana, le germe des idées « républicaines » qui écloront plus tard dans l’espace social antanosy. Quant aux Portugais et à Flacourt, ils s’étaient trompés sur la nature de son pouvoir qui n’avait rien d’absolu.
Le roi d’Anosy, quoique roi-dieu en son royaume et, pour le Sud de l’île, roi-magicien détenant un savoir arabo-musulman, ne pouvait disposer et modifier les conventions et lois fondamentales liées à la terre (masin-tane), ni intervenir dans le pouvoir politique des chefs de famille (masim-po). Outre la gestion de sa grande famille, il ne pouvait vraiment décider (masin-dily) que dans les situations d’exception, en tant que grand juge appelé à arbitrer dans les différends graves opposant ses sujets. Et on voit bien les limites de son pouvoir dans le fait qu’il ne lui était pas loisible de se constituer une armée d’hommes qu’il aurait achetés et qui lui auraient appartenu en propre en tant qu’ondevo lui devant stricte obéissance. C’est là un point que Flacourt souligne indirectement en énumérant la liste de ceux qui pouvaient en avoir et parmi lesquels ne figurent pas les Roandriana. Ceux-ci avaient pour serviteurs et sujets des hommes de l’un ou l’autre état, mais qui ne leur appartenaient pas. Et à s’en rapporter à ce qu’on observe en d’autres régions de Madagascar, cette disposition, en mettant le groupe royal sous le contrôle de ses sujets, tendait bien à limiter sa puissance effective, car l’appel aux armes n’étant pas en définitive de son ressort, demeurant simple Grand ou devenant Roi, aucun Roandriana n’avait pu établir un système de domination concentrant en ses seules mains tous les pouvoirs.
Et moins que tout autre Andriandramaka, confronté, peu après l’arrivée de Pronis, aux entreprises françaises poussées jusqu’à sa mort programmée et au delà, et qui, de son aventure portugaise, avait déjà principalement retenu la relativité des croyances humaines, en venant même à douter de la réalité de sa nature divine et de l’efficace des pratiques de ses ombiasy, efficacité politique exceptée.
Tel qu’il apparut, à l’arrivée de Flacourt, l’Anosy était donc un royaume aux nombreux espaces libres, qui avait su concilier tradition d’ouverture et respect de l’héritage historique. Et si tentés qu’ils aient pu être de se prévaloir de leur « origine mecquoise » pour en imposer, les ZafiRaminia, Austronésiens arrivés au début du XVIe siècle mais alors à Madagascar depuis quatre siècles, n’étant pas dupes des apparences comme souvent le furent les Européens encore en phase de découverte, n’ont pas eu de mal à se plier à ses lois, qui ne devaient guère à l’islam, et à se contenter de n’y avoir en somme qu’un roi-magistrat.
En effet, si l’Anosy avait bien entretenu, du XIIe au XVe siècle, des relations avec le Moyen-Orient, comme en témoignent aussi bien le vocabulaire de l’histoire biblique ou du commerce que l’importation de la vigne (akitsy) ou du grenadier (romany), par exemple, du moins faut-il saisir que ces relations n’eurent dans la culture qu’un impact limité. Déjà, d’origine austronésienne, la circoncision n’avait rien à voir avec l’alliance de Yahvé avec les descendants d’Abraham. Dian Bilis n’y était pas le Diable des religions du Livre, mais, réinterprété, le nom attribué au Dieu de la Terre.
Et si le jeûne du Ramavaha présentait quelque analogie avec le Ramadan, il restait, dans la tradition austro-asiatique, un rituel agraire en relation avec la culture du riz.
C’est le même genre de relations que l’Anosy entretint d’abord avec les Européens, avant que les bonnes relations de la traite fassent place, avec Flacourt et ses successeurs, aux rapports de force guerriers. Premier à Madagascar à faire l’expérience de l’impérialisme occidental, l’Anosy allait y être aussi le premier à en triompher, en 1674, avec les armes de l’Occident.
Source : Jean-Pierre Domenichini et Bakoly D-Ramiaramanana

Témoignages du peuple Antanosy

Il existe un ouvrage remarquable qui a été fait sur le peuple Antanosy : "Témoignages oraux et récit de la vie du peuple Antanosy" de Panos Londres avec l’ONG Andrew Lees Trust. Il est gratuitement téléchargeable en plusieurs langues sur cette page. Vous trouverez également ces versions sur la page des téléchargements de ce site.

Voici ce qu'en dit Hanitra R. du journal malgache Midi-Madagasikara :
« C’est un ouvrage de 80 pages qui nous livre une mine d’informations sur la vie du peuple Antanosy. A travers, notamment des témoignages oraux d’hommes, de femmes, jeunes ou moins jeunes, vivant dans cette partie Sud de Madagascar, cet ouvrage est une tribune offerte à une population qui, pendant longtemps, a manqué d’opportunités pour s’exprimer. Ce livre, intitulé « Voix du changement : témoignages du peuple villageois Antanosy », est le fruit d’une initiative de l’ONG Andrew Lees Trust (ALT), avec la collaboration de Panos Londres dans le cadre du projet HEPA (Hetahetam-Po Ambara) dont l’objectif est d’accroître la portée de la parole des populations locales et d’informer, par la même occasion le public sur les connaissances et expériences des populations autochtones du Sud de Madagascar. Les témoignages recueillis dans cet ouvrage reflètent le mode de vie et la conception de la vie chez cette population, à travers ses propres mots. Leurs difficultés, leurs aspirations, leurs espérances, ainsi que leur vision de l’avenir, sont donc abordés dans ce livre. Des sujets aussi divers qui vont des activités qu’ils exercent et leurs difficultés à gagner leur vie, au problème récurrent de l’eau et du manque de nourriture en passant par l’accès aux soins de santé dont le rôle des accoucheuses traditionnelles, ou encore la situation des femmes seules à la tête d’une famille, bien malgré elles ; les problèmes environnementaux et bien d’autres, sans oublier les changements, positifs ou négatifs, apportés par l’arrivée d’un grand projet minier dans le sud de l’île. Bref, un véritable récit de la vie d’une population peu habituée à s’exprimer en dehors du contexte communautaire. Ainsi, à travers les témoignages de Olina, une femme de 83 ans, habitante de Sainte Luce, de Bruno, un homme de 43 ans, d’Ilafitsignana ou de Sambo, d’Ambinanibe, c’est la vie intime d’une population qui se dessine. Des témoignages vivants, spontanés et authentiques qui reflètent plusieurs facettes de la vie et de la culture du peuple Antanosy. Il s’en dégage principalement un sentiment d’impuissance face aux difficultés résultant des conditions climatiques changeantes sur l’agriculture, auxquelles s’ajoute la perte de leurs terres et de l’accès à la forêt, qui représentent une partie vitale de leur mode de survie.
Le livre, disponible en malgache, plus précisément dans le dialecte Antanosy, mais également en français et en anglais, vise à informer les décideurs et les acteurs du développement ainsi que les donateurs, sur la réalité des communautés locales. Mais veut, par la même occasion, faciliter une meilleure compréhension et nourrir les débats sur les défis à relever dans le contexte du développement local. »

Histoire de l'Anosy

L'histoire des débuts de l'Anosy est principalement basée sur des fouilles archéologiques dans la vallée de l'Efaho juste à l'ouest de Tolagnaro. Les premiers sites trouvés par les archéologues ont démontré des communautés axées sur la pêche, le bétail, la culture des tubercules et la chasse (y compris des lémuriens). Le travail du fer était également présent. Ces sites de peuplement étaient de petite taille (0,5 ha de superficie), saisonnière dans certains cas, parfois temporaire, fondée sur la nécessité de se déplacer pour se nourrir. Ils se sont concentrés près de la côte dans les zones dunaires. Les Zafiraminia (ou zafimanara) sont arrivés à Madagascar par le nord-est de Madagascar, au XIIème siècle, où ils ont vécu dans la région de Iharana (entre Vohémar et Antalaha). Ils se sont déplacés vers le sud jusqu'à la région de Mananjary, puis vers l'Anosy en raison de la guerre qui les opposait aux Antambahoaka. Évoquer l'Anosy c'est donc aussi faire référence à un haut lieu de l'histoire où les Zafiraminia imposèrent une certaine unité politique à un espace géographique aux multiples aspects.

L'approche portugaise au XVIème siècle

En 1500, Diogo Dias, Capitaine d'un navire portugais qui faisait partie d'une flotte de 13 navires commandés par Pedro Álvares Cabral, au départ de Lisbonne vers les Indes orientales, s'est retrouvé isolé le 23 mai à l'ouest du cap de Bonne-Espérance (Afrique du sud) au cours d'une violente tempête. Son bateau a dérivé vers le sud-ouest et en naviguant vers le nord pour rejoindre sa flotte, le 10 août son équipage et lui deviennent les premiers Européens à voir Madagascar, quelque part près de ce qui allait devenir Fort-Dauphin. Dans un premier temps Dias pense que c'est le Mozambique mais il comprend vite qu'il s'agit d'une île inconnue. Il la nomma São Lourenço (Saint-Laurent en français) en l'honneur de la fête de São Lourenço ce jour là. Une fois de retour au Portugal il a pu déterminé que c'était en fait l'île de Madagascar initialement identifiée par Marco Polo. C'est ainsi pour les années à venir que l'on nomma Madagascar île Saint-Laurent sur les cartes européennes.
Le 4 août 1508, Diogo Lopes de Sequeira et Duarte de Lemos du Portugal, envoyés pour analyser le potentiel commercial de Madagascar (à la recherche d'or et d'argent), jettent l'ancre dans la baie Ranofotsy en Anosy. Ils y trouvèrent deux membres débarqués du navire Santa Maria da Luz et deux descendants des survivants d'un naufrage du navire Ghujarati qui avait eu lieu 30 ans auparavant. Il nomma la baie "Touroubaya" du nom du Capitaine du navire échoué. Ceux qui vivaient sur les lieux ont dit qu'ils étaient les descendants des marins naufragés. L'un des anciens membres du navire Santa Maria da Luz avait appris à parler malgache, il devint le traducteur officiel du Capitaine Sequeira pour rencontrer le Roi Andriamony. Ainsi commença les premiers échanges entre Européens et Malgaches. Sequeira fit le plein de vivres sur son navire et repartit accompagné d'un autre navire dirigé par le Capitaine Jerónimo Teixeira qui les avait rejoint en baie de Ranofotsy (également appelée depuis Baie des Galions, mais aussi Baie d'Italy aujourd'hui du nom d'un village situé à proximité). Le 12 août les navires sont séparés par une tempête et le Capitaine Sequeira se retrouve obligé de mouiller son bateau à proximité d'une petite péninsule qui leur fournit un bon abri face au vent. Ils y trouvèrent bovins, sangliers, ignames et riz fournis par les Malgaches locaux très accueillants. Le site fut connu sous le nom de Taolanara qui donnera Tolagnaro, le nom malgache de la ville de Fort-Dauphin.

Le Tranovato

Le site historique où se trouve le tranovato se trouve entre le fleuve Efaho et la rivière Satra, une zone marécageuse qui, durant la saison des pluies (de janvier à fin mars), devient véritablement un îlot, tous les marécages se transformant en lacs. Ainsi c'est une des meilleures protections contre d'éventuelles agressions extérieures... C'est certainement ce qu'ont dû penser les Portugais qui s'y sont installés...
Selon une tradition orale du village d'Andramaka le premier occupant de l'îlot aurait été Zafy Voliandro dont les descendants eurent comme princes successifs Andriamanjaka et Andriambola. Leur lignée existe d'ailleurs toujours au village de Tanambe. Par rapport à cette tradition orale on pense que la dynastie royale des Zafiraminia avait élu cet endroit comme résidence royale privilégiée. Le cimetière royal voisin de l'îlot (appelé par Flacourt « Cimetière des Grands de Fanshere ») est un argument de plus pour étayer cette hypothèse.
L'histoire parle que dans les trente premières années du XVIème siècle quatre naufrages au total ont eu lieu le long de la côte de l'Androy qui auraient laissés 70 survivants sur les 600 marins naufragés portugais. Ces rescapés se seraient regroupés et auraient retrouvés d'autres naufragés antérieurs. Ils seraient arrivés en Anosy et auraient construit à ce moment là un fort de pierre sur un île saisonnière qu'ils auraient nommé île Santa Cruz (en portugais Ilha de Santa Cruz) située sur la rivière Fanjahira (aujourd'hui Efaho).

Ce fort est connu aujourd'hui sous le nom de "Tranovato" qui signifie "maison de pierre". Ses ruines sont toujours visible à notre époque et sont situées à environ 9 km à l'ouest de Fort-Dauphin. Le Tranovato aurait donc été construit par des naufragés portugais, inquiets pour leur sécurité, vraisemblablement entre 1520 et 1530. Le Père Mariano a décrit cet édifice en 1613 comme un édifice carré en pierre, installé au sommet d'une petite colline d'un îlot, de 10 mètres de côté, haut de 3,5 mètres avec 1,20 mètres d'épaisseur de murs, percés de huit meurtrières hautes d'environ 1,80 mètres, avec une porte située à l'ouest et une autre à l'est, seize barbacanes au sommet et autrefois surmonté d'un toit en terrasse aujourd'hui tombé. Il décrit aussi une stèle en marbre dressée au pied de la colline haute d'1,80 mètre, large de 40 cm et épaisse de 20 cm dont l'une des faces portait gravée les armes du Roi du Portugal et l'inscription en lettres romaines : REX PORTUGALENSIS. Près de cette stèle gisait une croix en marbre...

Les ruines du Tranovato aujourd'hui

Les méandres de rivière à franchir pour atteindre l'îlot

Etienne de Flacourt attribuait aux portugais cette construction de pierre en relayant le récit d'autochtones disant qu'un portugais, nommé par les villageois Macinorbei, avait conduit des naufragés en ce lieu et fait bâtir cette maison de pierre. Alfred Grandidier, s'appuyant sur des sources portugaises, en avait conclu que cette installation n'était pas volontaire mais l'avait été par des matelots portugais de deux navires naufragés qui s'y étaient réfugiés, les navires commandés par Pero Vaz o Roxo et Pere Annes Frances échoués en 1527 sur la côte sud-est de Madagascar... Tout ceux qui étudièrent ses ruines après eux en conclurent que ce sont des portugais qui sont à l'origine de cette construction.

Néanmoins Diogo Lopes de Sequeira laisse supposer que dès 1508 le bâtiment était déjà présent et abandonné, un édifice réalisé bien avant le passage des portugais puis réoccupé par des Portugais. Ainsi l'ouvrage aurait peut-être été édifié par des islamisés comme l'étaient les Zafiraminia vu qu'il ressemblait beaucoup à des constructions contemporaines de type musulmanes au nord-ouest de Madagascar. Les études archéologiques ont démontré depuis que le site avait été occupé bien avant l'arrivée des européens par des malgaches. Cette « antique » cité antanosy occupait une partie de cet îlot qui est en fait une presqu'île inondable, et la rive gauche (nord) de l'Efaho à l'endroit appelé par Flacourt « Cimetière des Grands de Fanshere », à quelques centaines de mètres de l'actuel village nommé Manarivo, et s'appelait Andramaka. Flacourt distinguait bien ce cimetière de celui se trouvant sur l'îlot de Tranovato désigné « Cimetière des Grands ».

En conclusion l'hypothèse la plus actuelle est celle d'une réoccupation par des portugais de cet édifice de pierre, en l'ayant peut-être réhabilité ou refaçonné.

Carte dessinée par Flacourt de l'îlot Santa Cruz en 1656

Carte actuelle du site historique

Une autre histoire raconte aussi que des princes Zafiraminia ont attaqués le fort en laissant seulement quelques survivants : quatre portugais et un français, et qu'en 1531 les cinq survivants ont été recueillis par un navire de passage... Il est vrai qu'en 1530 plusieurs navires portugais commandés par deux frères, Duarte et Diogo da Fonseca, envoyés à Madagascar par le Roi du Portugal à la recherche des différents naufragés en retrouvèrent quelques uns. Les rescapés expliquèrent que des rumeurs couraient comme quoi des portugais s'étaient réfugiés vers l'intérieur des terres, s'étaient mariés avec des femmes locales et adoptèrent une vie d'Antanosy. Certains auraient construit un navire sur lequel ils auraient fait route vers l'Afrique en promettant à leurs femmes de revenir, personne ne les aurait jamais revu...

Ce site de première importance n'a pas livré et ne livrera peut-être jamais tous ses secrets, mais il demeure un haut lieu historique en Anosy.

De 1550 à 1617

En 1550 un navire portugais fait naufrage sur la côte du lac Ambinanibe. A cette époque les côtes de l'Anosy étaient décrites par les français comme très peu hospitalières. En 1587 le portugais João de Frei São Tomás fut le premier moine dominicain à se rendre à Madagascar. En 1600 un navire néerlandais de 800 tonnes, armés de 50 canons, de retour vers les Pays-bas depuis Java avec une cargaison d'épices très précieux, a fait naufrage près de Sainte-Luce (Manafiafy). A partir de 1604 Henri IV de France commence à envoyer des navires vers Madagascar afin de concurrencer un début de colonisation hollandaise.
En 1613 le Capitaine Da Costa d'un navire portugais mouilla en baie de Ranofotsy près du village d'Italy. Il fut reçu par le Roi Bruto Chambanga (également appelé Andriantsiambany), maître de cette partie de la région et habitant sur les berges du fleuve Fanjahira (futur fleuve Efaho). Le Roi était accompagné de très nombreux guerriers armés par peur de représailles de la part des Portugais suite au massacre perpétué par son peuple au Tranovato 80 ans plus tôt. Un traité d'amitié fut signé entre les deux et des transactions de vivres et d'objets ont eu lieu : riz, igname, haricots, citron, gingembre, bovins, moutons, chèvres, œufs, volaille, tissu de coton, bracelets d'argent... Le navire est resté plusieurs semaines en baie de Ranofotsy, le Père Mariana et trois marins se dirigèrent vers le Tranovato pour y établir une chapelle et faire de ce lieu une base pour de futurs missionnaires. Ils y ont construit deux bâtiments et érigé une croix.
Dans le cadre du traité signé par les Portugais et le Roi, ce dernier avait accepté de fournir un de ses fils aux Jésuites afin qu'ils puissent le ramener à Goa où il aurait eu un enseignement catholique et portugais. Malheureusement ce qui avait si bien commencé s'est détérioré rapidement... Le Roi ne tint pas ses engagements et le capitaine Da Costa et les prêtres Jésuites en furent très frustrés : le Roi proposa de leur fournir un plus jeune garçon, un parent éloigné de lui, mais le capitaine prit cela pour un affront fait au Portugais, à son honneur et sa réputation. Il ordonna à son équipage d'aller chercher le fils du Roi alors âgé de 12 ans, Andriandramaka (Drian-Ramaka), et de l'amener à bord de son navire en utilisant la force si nécessaire. La situation devenant tendue, les Jésuites commencèrent également à blâmer le Roi Chambanga pour les meurtres commis à l'encontre des Portugais échoués sur ses terres par les temps passés. Le fils du Roi fut emmené à bord et le Roi envoya des soldats pour attaquer le navire. Ils furent repoussés par des coups de canons et des coups de fusil tirés du bateau. Les Portugais déclarèrent au Roi qu'ils reviendraient dans plusieurs années lorsque son fils aurait terminé son éducation. Les Jésuites espéraient qu'il deviendrait un leader et un partenaire lorsqu'ils le reconduiraient à Madagascar.
Drian-Ramaka était très intelligent : il apprit à lire et à écrire en moins de deux ans. Il apprit aussi à monter à cheval (un animal qu'il n'avait jamais vu en Anosy), le catéchisme latin lui fut enseigné et il fut baptisé. En avril 1616, le Prince Drian-Ramaka, après avoir été rebaptisé "Dom André de Souza" par les Jésuites, est retourné en Anosy avec huit compagnons dont trois missionnaires Jésuites dont la tâche était de développer une mission à Tranovato. A leur arrivée dans la baie de Ranofotsy les Jésuites ont refusé de laisser "Dom André de Souza" aller à terre, la condition étant que son père fournisse deux parents en otages supplémentaires temporairement. Le Roi Chambanga était furieux mais finit par céder à cette demande. Les otages étaient enchaînés sur le navire et les Jésuites annoncèrent qu'au retour à bord de Drian-Ramaka ils exigeaient deux autres fils à emmener pour être éduqués à Goa. Le Roi refusa, les Jésuites, essayant de comploter en vain contre le Roi, finirent par travailler à un accord avec Chambanga : ils prendraient "juste" un des deux otages pour l'emmener à Goa en échange d'être autorisés à vivre et faire leur travail de missionnaire en Anosy. Les Jésuites restants à Madagascar estimèrent que l'Ombiasa (le chamane) était un ennemi de Dieu, puis ils commencèrent à chercher de l'or et de l'argent dans la région : ils confirmèrent les craintes du Roi Chambanga qui pensait que les Jésuites avaient à cœur plus qu'un simple partage de leur religion avec son peuple. Peu de temps après un Portugais vivant à Tranovato tomba malade et Chambanga interdit à son peuple de commercer avec les Portugais dans le but de les affamer.
En 1617, ayant baptisé peu de personne, blâmant certains aspects des croyances islamiques des Antandroy, l'un des prêtres étant mort, souffrant de la faim et des maladies par leur isolement forcé par la population locale, les Jésuites décidèrent de quitter l'Anosy. Entre-temps le Prince Drian-Ramaka devint roi à la mort de son père et n'embrassa pas la foi catholique : il prit le nom d'Andriandramaka et continua à respecter les croyances et les coutumes locales.

L'installation française : de 1642 à 1674

Pendant les vingt années qui ont suivies le départ des Jésuites Portugais, aucun navire, quelque soit les pays, ne tenta d'établir une colonie permanente en Anosy. De 1643 à 1673 la France cherche à conquérir les terres Antanosy et contrôler la zone des rois Zafiraminia. Plusieurs campagnes militaires ont eu lieu où les troupes françaises ont pillé puis brûlé des centaines de villages, tué des milliers de malgaches et volé des dizaines de milliers de têtes de bétail. A Fort-Dauphin les premières installations françaises se font dans la douleur... Il a été raconté qu'à l'exception de quelques officiers qui craignaient Dieu, il n'y avait ni ordre ni justice dans le quartier des Européens. Les vols les plus atroces ont été commis en toute impunité, les troupeaux des indigènes ont été pris par la force, les colons massacrant sans pitié les autochtones.

Au mois de mars 1642, Jacques de Pronis et Foucquenbourg, commis de la Compagnie des Indes Orientales, accompagnés de douze colons, embarquent à Dieppe pour débarquer dans la baie de Manafiafy (voir l'histoire coloniale de la ville de Fort-Dauphin ici). La région étant insalubre Pronis décide de transférer la colonie sur la presqu'île de Tholongar (presqu'île actuelle de Fort-Dauphin) à la fin de l'année 1643. Il fonde donc le premier comptoir commercial français de Fort-Dauphin sur ordre de Richelieu. En 1648, Étienne de Flacourt renvoya Jacques de Pronis en France et prit sa place à la tête du comptoir. En 1644 le navire Saint-Louis fait naufrage près de Fort-Dauphin, plus tard il donnera son nom au pic qui domine la ville. De 1648 à 1694 plusieurs missions des lazaristes se succèdent dans le sud malgache parrainé par la Société Saint-Vincent de Paul. En 1651, Flacourt repousse des milliers d'Antanosy, dirigés par Ramaka, qui ont attaqué le fort. Ramaka fut tué et Flacourt brula son village de Fanjahirambe. Des fouilles archéologiques menées à cet endroit dans les années 1990 ont trouvé grès, faïences européennes, bouteilles en verre, émail et porcelaine d'Extrême-Orient.

Carte du Fort-Dauphin dessinée par Flacourt

Après le départ de Flacourt en 1655, le comptoir périclite progressivement. En 1656, Champmargou, remplaçant de Flacourt, arrive à Fort-Dauphin. Le fort avait été incendié par les Antanosy, en réponse Champmargou mène des tentatives impitoyables pour la conquête du sol Antanosy : les colons s'en trouvent encore plus isolés. Par la suite, le départ des colons s'intensifie notamment à cause des nombreuses difficultés rencontrées par la colonie, dont les plus contraignantes sont l'isolement, les conflits entre les colons et surtout les luttes contre les populations locales de l'Anosy. En 1665, dans le cadre de la nouvelle Compagnie des Indes Orientales, des efforts de reconstruction sont faits à Fort-Dauphin. Quatre navires arrivés de France avec près de 500 colons à bord ont pour objectif d'y établir "une société civile avec les habitants originaux". Les colons inclus menuisiers, cordonniers, forgerons, ébénistes, maçons, tailleurs de pierre, charrons, jardiniers, ouvriers, viticulteurs, boulangers, bouchers, tanneurs, etc. Mais des discordes internes voient le jour rapidement en raison, principalement, d'un manque de clarté des rôles attribués à chacun. Les relations avec les malgaches locaux se dégradent et il est difficile pour les colons d'obtenir les aliments de base (riz et viande). Ainsi les colons pillent la campagne environnante Anosy pour obtenir des bovins, ce qui ne fait qu'aggraver les relations avec les indigènes.

En août 1674, les derniers colons français sont chassés par les Antanosy. Après le massacre de nombreux colons, les survivants se réfugièrent dans le fort afin de tenir un siège en attendant des renforts. Le 8 septembre 1674, le navire Blanc Pignon sauva le reste de la colonie et les derniers colons se réfugient alors sur l'île Bourbon (la Réunion). Les Français ont laissé derrière eux environ 4000 morts au cours des 30 dernières années précédentes. Ce fut une source d'embarras et de réclamation de la part de la France pour les 200 ans qui suivirent jusqu'à ce que la France prenne le contrôle de Madagascar en 1895.

Le retour des Français en 1766

De 1766 à 1771, les français commandés par le comte de Maudave, un ami de Voltaire, tentent de se rétablir à Fort-Dauphin, afin de faire de l'ancien comptoir une base d'approvisionnement pour leurs colonies des Mascareignes (la Réunion, l'île Maurice et l'Île Rodrigues). Les colons furent bien accueillis par la population locale, et le projet connut des débuts prometteurs, malgré le manque de moyens. Louis Laurent de Maudave signe 30 traités amiables avec les Rois locaux, il ne souhaitait pas avoir des terres par la conquête et la force. Les Antanosy de Fort-Dauphin voient les Français comme des alliés cette fois-ci : ces derniers ont fourni des armes, ce qui leur a permis d'acquérir des richesses et du pouvoir. Cependant en 1770 l'Administration Centrale de la Marine abandonna le projet entrepris quatre ans plus tôt, sous les ordres du Roi Louis XV, Maudave quitte Fort-Dauphin en 1771 en emmenant avec lui des esclaves malgaches pour sa plantation à l'île Maurice.

En 1819 Fortuné Albrand rouvre Fort-Dauphin, au nom du Roi Louis XVIII de France, après avoir négocié avec Rabefania, Roi Zafiraminia, qui lui assure que le passé a été oublié et qui s'engage à la protection des Français de la monarchie Imerina dirigée par le roi Radama 1er. Radama 1er avait a déclaré "l'océan est la limite de nos champs de riz" et cherchait à conquérir l'ensemble de Madagascar. Les craintes des princes Zafiraminia se concrétisèrent lorsqu'au mois de mars 1825 une armée Merina forte de 3000 hommes arriva en Anosy pour chasser les Français de Fort-Dauphin, conduits par Ramananolona, cousin du roi Radama 1er , après une bataille à Masihanaka, près de Eboboka. Les Antanosy n'eurent d'autre choix que d'abandonner leurs villages qui se trouvaient sur la route de cette armée et de fuir dans les bois pour se cacher. La prise de Fort-Dauphin fut rapide, les Français capitulèrent, se réfugièrent vers une île au large de Manafiafy à partir de laquelle ils ont été ramassés par un navire pour rejoindre l’île Bourbon. Les Merina firent de nombreux esclaves Antanosy et prirent beaucoup de zébus. Après avoir confisqué les armes Antanosy, les Merina exigeaient bovins, taxes, esclaves et le travail forcé (les adultes cultivaient les rizières tandis que les enfants protégeaient les cultures de riz contre les oiseaux et la canne à sucre des rats). La résistance Antanosy mené par Rabefania était à chaque fois brutalement réprimée par Rafito, commandant des troupes Merina. Cette résistance a continué jusqu'à la conquête française de Madagascar.

En Novembre 1831, Jean Laborde, un gascon français de 25 ans fait naufrage au nord de Fort-Dauphin. Il est alors recueilli par un navire de la compagnie Rontaunay qui le dépose à Mahela auprès de Napoléon De Lastelle. Connu de la reine, et découvrant rapidement les nombreux "talents" de Jean Laborde, celui-ci n'hésite pas à l'envoyer à Antananarivo et à l'introduire auprès de Ranavalona pour qu'il fabrique localement les armements et d'autres produits dont elle avait besoin (fusils, balles, canons, poudre, savon...). Il aura une grande influence sur la société et la politique de la monarchie Merina à Madagascar au XIXème siècle. Il fut nommé premier Consul de France à Madagascar, sous le second-empire le 12 avril 1862. Il est le précepteur du futur Roi Radama, mais aussi confident des missionnaires, initiateur de l'industrie malgache et amant de la reine Ranavalona Ière.

La répression des Merina sur le peuple Antanosy était telle qu'une grande partie des Tanosy décida de fuir vers l'Ouest. En 1845 une première vague de 30000 Antanosy se dirigea vers l'ouest près de Betioky et Bezaha. En 1850 une tentative d'invasion de l'Androy voisine par les Merina échoua (au moyen d'une attaque côtière près de Faux Cap se terminant par une retraite des troupes vers Fort-Dauphin). La vaste et difficile région de l'Androy ne pouvait être conquise facilement. En 1852 les Tanosy se révoltèrent et assiégèrent Fort-Dauphin pendant six mois. Les Merina reprirent la ville grâce à des renforts, faisant de cette dernière une ville de garnison. Suite à cet événement, aux répressions incessantes et aux atrocités commises par les Merina, on estime à 80000 le nombre d'Antanosy, dirigés par le roi Zaomanery, qui ont fuis vers l'Androy pour rejoindre les Antanosy partis précédemment dans la vallée du fleuve Onilahy. Lorsque les troupes Merina arrivèrent à Tuléar, certains Tanosy, craignant de revivre les massacres, résolurent de retourner dans leur ancienne patrie vers Fort-Dauphin. Malheureusement la solidarité engendrée par l'exode ne dura pas et les Antanosy retrouvèrent leurs anciennes divisions... Ils furent incapables de reconnaître une autorité acceptée par tous. Il faudra attendre 1901 avec le Colonel Lavoiseau pour que ces ethnies se réunissent à nouveau sous le même étendard. Par manque de cohésion et d'autorité sur leurs sujets, les princes de l'Anosy n'ont jamais su profiter des succès de leurs batailles contre les Merina (en 1883 puis 1895) qui auraient pu les débarrasser définitivement de la présence des Merina. Cette situation durera jusqu'à l'arrivée des français.

En 1872, Augustin Marchal, un Franco-Anglais venu de l’île Maurice s'installa à Fort-Dauphin pour s’y livrer au commerce, notamment le caoutchouc, et devint le doyen de la communauté étrangère sur place. Il crée un jardin botanique et expérimental appelé le Jardin de Nahampoana, à 7km au nord de Fort Dauphin.

En 1883 débute la guerre des Français contre le royaume Merina dans la région d'Antananarivo. Les Merina ayant perdu le contrôle de leur ville, les Antanosy se révoltent contre leur domination. Mais en 1884 le Général Merina Rainimavo, à la tête de 200 hommes, reprend totalement le pouvoir à Fort-Dauphin à cause d'un cruel manque d'unité de la part des chefs Tanosy.

La colonisation française

À cette époque de partage du monde entre les impérialismes européens, la France envisage d'exercer davantage son influence sur Madagascar et un traité d'alliance franco-malgache est signé le 17 décembre 1885 par la reine Ranavalona III. Des désaccords sur l'application de ce traité, servent de prétextes à l’invasion française de 1895, qui ne rencontre d'abord que peu de résistance. L’autorité du Premier ministre Rainilaiarivony, au pouvoir depuis 1864, est en effet devenue très impopulaire auprès de la population. L'intention des Français est d'abord d'établir un simple régime de protectorat, affectant surtout le contrôle de l’économie et les relations extérieures de l’île. Mais par la suite, l’éclatement de la résistance populaire des Menalamba et l’arrivée du général Gallieni chargé de « pacifier » le pays en 1896 conduisent à l'annexion et à l'exil de la reine à Alger.

En 1896 les Français prennent le contrôle de Fort-Dauphin avec le Capitaine Brulard. Dès le 23 août 1897 la ville est érigée par l'arrêté 911 en Cercle Annexe militaire divisé en quatre secteurs : l'Anosy, l'Ambolo, l'Androy et le pays Tatsimo. Pour des raisons logistiques Fort-Dauphin joue le rôle de capitale régionale. Les habitants de cette région considérèrent alors l'autorité coloniale comme un allié pour se débarrasser de la tutelle Hova (subdivision du peuple Merina) et du despotisme des princes Zafiraminia. Des mouvements de contestation apparurent un peu partout et des troubles éclataient dans toute l'Anosy. Les Français doivent faire face à une insécurité réelle dans la région (brigandage, révoltes, insoumission...) et sans maintien de l'ordre officiel les civils doivent organiser eux-mêmes leur défense. Les pillages se succèdent chez les commerçants et un début de révolte contre la présence française voit le jour. Il faudra deux ans à la France en 1898 pour pacifier (soumettre) la région avec la mise en place de garnisons militaires avec le colonel Hubert Lyautey. Des troupes de soldats Sénégalais sont envoyés pour arrêter les rebelles Tatsimo avec succès et confiscation des troupeaux de zébus.
Néanmoins les Tandroy tiennent tête et continuent de piller et attaquer certains villages et patrouilles françaises alors conduites par Prévost et La Carrère. En outre la France commence à attribuer des concessions jusqu'à 2000 hectares et plus aux grandes entreprises, toutes gérées par des Européens : au total environ 30% des terres les plus fertiles de l'Anosy. Au début du XXème siècle la Compagnie Agricole et Industrielle de Madagascar (CAIM) s'installe à Andranobory et sur la rive gauche du lac Anony. Elle plante 500 hectares de sisal sur une concession de 2550 hectares obtenu des Français. La Société Foncière du Sud de Madagascar (SFSM) plante des caféiers sur 2175 hectares à Ranomafana. De nombreuses concessions sont attribuées à des particuliers partout dans la région et dans les environs de Fort-Dauphin. En l’occurrence celles de Heaulme à Safady de 8 hectares et celles de Decoq à Bezavona de 10 hectares. En 1926 la situation domaniale est la suivante : 179 européens exploitent 2170 hectares, soit une moyenne de 12 hectares chacun, et 88 malgaches ont obtenu 528 hectares, soit une moyenne de 6 hectares chacun ! La superficie des terres concédées aux Malgaches représente donc moins du quart de celles des Européens, et il s'agit souvent de malgaches non Antanosy... Pierre de Bellier de Villentroy, Français vivant à La Réunion, oncle d'Alain et Henri de Heaulme, commence l'exploitation minière de mica près de Tsivory en l'exportant par Fort-Dauphin.


En 1901 le lieutenant-colonel français Lavoiseau force les Antanosy à s'unir sous le commandement d'un chef unique nommé Fitory. Le désarmement des guerriers Tandroy ne se fit pas sans peine : de 1901 à 1903, il fut retiré 12 232 fusils, mais les Antandroy savaient renouveler leur arsenal. Les forgerons de Bekily et Bekitro excellaient dans l’art de fabriquer des apparences de fusils avec quelques vieilles pièces hors d’usage. Lorsque l’administration confisquait les fusils, les guerriers livraient des armes hors d’état de servir et cachaient soigneusement les autres.

Des routes sont construites à partir de Fort-Dauphin, de la rivière Mandrare, de Manambovo et de Mahika afin de simplifier l'extraction des ressources. De nombreux Tatsimo se déplacent alors pour établir des villages près de ces nouvelles routes. En 1904 la rébellion des Taisaka contre les Français (ou Antaisaka, peuple côtier du sud-est de l’île dans la province de Fianarantsoa) se propage en Anosy. Le Roi Befanatrika dirige cette rébellion Antanosy contre la domination française en Esira, Isaka, Mahampoana, Manafiafy, Manambaro, Manantenina et Ranomafana. De nombreux Français, étrangers expatriés et chrétiens malgaches se réfugient à Fort-Dauphin. La révolte gronde pendant cinq mois puis est contenue par les troupes françaises avec l'aide de leurs soldats sénégalais. La région souffre également de la variole et des criquets à ce moment là.

En 1905 on estime la région peuplée de 120000 Antanosy. En 1906 trois zones de terres dans la vallée fertile de l'Efaho (près de Soanirana, Isaka et Ifarantsa) sont attribuées aux colons pour les plantations (plus de 4000 hectares au total). En 1907 le travail forcé (considéré comme une prestation par les colons) est mis en place pour tous les hommes de plus de 16 ans pour une période de 30 à 60 jours : il a été utilisé pour travailler dans les plantations coloniales, dans les mines de mica, pour la construction des routes, des écoles, des hôpitaux et le reboisement. En 1912 la région connaît la première grande sécheresse de la période coloniale française. En 1913 un cyclone important s'abat et détériore les infrastructures alors existantes. En 1919 une épidémie grave de grippe s'abat sur l'Anosy suivie d'une sécheresse en 1920. En 1922 un cylcone endommage gravement la route de Fort-Dauphin à Behara. En 1925 des cochenilles introduites dans le sud de Madagascar par la botaniste Perrier de la Bathie se sont répandues, causant des famines graves et la perte de bétail dans l'Androy, ce qui entraîne un déplacement de nombreux Antandroy vers les terres Tatsimo. En 1932 la Société Foncière du Sud de Madagascar plante 4000 hectares de sisal dans la vallée de la Mandrare près d'Amboasary. Cette même année la réserve naturelle d'Andohahela est créé par le gouvernement colonial français. En 1936 Henri de Heaulme établit sa plantation de sisal près d'Amboasary et sa réserve forestière de Berenty. En 1940 la France de Vichy prend le contrôle de Madagascar. La famille de Guitaut, basée à Fort-Dauphin, commence la production de tabac. En 1942 Fort-Dauphin est envahi par les Forces Britanniques et les Forces Françaises Libres. En 1948 débute la production de homard à Fort-Dauphin. A partir de 1950 Henry de Heaulme commence ses efforts de conservation (établissement d'une nature protégée et de lémuriens à Berenty) sur son domaine de plantation de sisal au-niveau d'Amboasary. En 1956 on estime la région peuplée de 138000 Antanosy.

En 1956 et 1957 à Amboasary, Paindavoine Sarl construit un pont de 414 m de long enjambant le fleuve Mandrare à une hauteur de 15m sous licence Callender-Hamilton. Le Pont du Mandrare fournira la liaison routière entre l'Anosy et l'Androy. Voir l'histoire de ce pont en haut de page.

En 1957 l'usine de sisal SIFOR est construite juste à l'extérieur de Fort-Dauphin.

En 1958 Henri de Heaulme devient président de l'Assemblée Provinciale et vice-président de l'Assemblée Nationale demandant l'indépendance de Madagascar. Il est présent avec Philibert Tsiranana et Monja Jaona lors de la signature de la nouvelle constitution de la République malgache. En 1959 on estime la région peuplée de 148132 Antanosy. En 1965 la population de Fort-Dauphin est estimée à 11.800 habitants. La photo ci-contre montre le Président Tsirinana décorant Henry de Heaulme en 1960 (photo provenant de la collection de Jean de Heaulme).


Sources
:
Jean-Aimé Rakotoarisoa (Mille ans d'occupation humaine dans le Sud-Est de Madagascar : Anosy, une île au milieu des terres)
et Wikipédia

De nos jours...

En 1967, en raison de la popularité croissante des fibres synthétiques, le prix du sisal a baissé de 50% (depuis 1964). En 1972 les plantations industrielles de pervenche, situé près de Ranopiso, commencent l'exportation à grande échelle vers les États-Unis et l'Europe. En 1974 débute l'exportation de langoustes vivantes de l'Anosy vers l'Europe.En 1975 l'analyse initiale de l'ilménite en Anosy menée par US Steel permet la création d'une petite usine pilote à Mandena (tout près de Fort-Dauphin). Cette même année le cyclone "Deborah" fait de nombreux dégâts en Anosy, y compris à Tolagnaro et Amboasary, empêchant la distribution de l'électricité et l'approvisionnement en eau pendant plusieurs jours.  En 1980 la région de l'Anosy devient une priorité pour les efforts de conservation de la nature par des ONG internationales. Parallèlement la croissance en demande de charbon de bois pour la cuisson à Fort-Dauphin entraîne la déforestation rapide des forêts près de la ville, à Manantantely et près d'Amboasary-Sud (charbon principalement produit par les Antandroy). En 1985 le WWF (Fonds Mondial pour la Nature) commence à agir en faveur de la réserve d'Andohahela. En 1986 OMNIS devient QIT Madagascar Minerals et entame un long processus pour l'exploitation de l'ilménite en Anosy. En 1988 la demande de pervenche malgache provenant de l'Anosy augmente à environ 800 tonnes/an. En 1990 des sites connus et la réserve de Berenty deviennent des destinations touristiques majeures, entraînant une croissance rapide dans l'industrie du tourisme de cette région. En 1994 le cyclone Daisy traverse la région. Cette même année Azafady commence à travailler dans l'Anosy et Andrew Lees meurt d'épuisement par la chaleur dans la forêt de Petriky, juste à l'ouest de Tolagnaro, alors qu'ont lieu sur place des recherches sur les impacts potentiels de l'exploitation de l'ilménite dans la région d'Anosy. L'année suivante, l'Organisation Andrew Lees Trust a été créé, avec un bureau mis en place à Libanona (sud de la ville), pour développer et mettre en œuvre des projets éducatifs sociaux et environnementaux dans le sud de Madagascar. En 1996 la région d'Anosy est identifiée comme l'une des régions écologiquement les plus diverses de Madagascar. En 1997 le cyclone "Gretelle" traverse l'Anosy.

Entre 2006 et 2008, QMM a créé plus de 4400 emplois dont 61% d'embauches locales et 10% d'expatriés. En 2007 plus de 500000 personnes vivent en Anosy. Cette même année et pour les deux ans à venir, les Malgaches de tous les coins de l'île, les Européens, les Nord-Américains, les Philippins, les Français, les Japonais et Sud-Africains remplissent tous les hôtels de Fort-Dauphin pour travailler pour QMM : en conséquence le tourisme est totalement stoppé en Anosy. En 2007 une épidémie majeure de syphilis se déclare dans Fort-Dauphin : l'état d'urgence est déclaré avec 17000 personnes infectées (30% de la population sexuellement active). En 2009 le Port d'Ehoala est terminée et QIT Madagascar Minerals commence à exporter l'ilménite au Canada. En 2011 QMM commence à fournir de l'électricité temporairement à Tolagnaro.